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Pourquoi la marque s’est-elle
diversifiée et comment ?
La question est purement stratégique. Quand
vous avez une part de
marché de 50-60% vous savez que vous n’allez pas absorber toute la
concurrence et la concurrence est saine. Donc ce qui nous intéresse
c’est de prendre d’autres marchés pour nous développer. Si on prend le
marché de l’horlogerie, on doit avoir moins de 1% du marché mondial
donc des perspectives de développement colossales. Par ailleurs le
marché du stylo a un rythme de croissance qui n’est pas celui de
l’horlogerie, de la joaillerie ou de la maroquinerie donc il y a un
intérêt à se développer sur de nouveaux marchés sur lesquels nous avons
des perspectives gigantesques et qui ont des croissances supérieures à
celle du stylo.
Si on prend la
France, l’écriture représente 50%
du marché, la maroquinerie 30%, les montres 10%, les bijoux et la
joaillerie 10%.
Certains pays ont
eu un développement plus fort et
plus rapide au niveau de l’horlogerie que la France, où l’on peine un
peu avec notre image très stylo.
Par contre les
bijoux ont été
lancés en 2005 et la France est un des pays qui a connu le démarrage le
plus fort sur ce développement produit.
Est-ce
essentiellement une question de culture ?
C’est assez
étonnant car dans les grandes puissances émergeantes, le
Brésil, le Mexique, l’Inde, la Chine, la Russie, la marque est
considérée comme une marque de luxe générale et non pas comme une
marque d’écriture. En France quand vous parlez de Montblanc, on a tout
de suite l’image réductrice des stylos. On est un peu victime du succès
très historique de la marque car la marque est allemande mais on a
toujours fait un chiffre d’affaires très fort en France. La marque est
très puissante en France puisqu’on est le quatrième pays mondial
derrière la Chine, les Etats-Unis, l’Italie. Si on prend un pays comme
l’Italie, ils font beaucoup plus d’horlogerie que nous. Et l’Italie st
un pays très moteur sur l’horlogerie. Ils ont découvert avant nous la
passion de Rolex ou de Patek. Donc si vous réussissez dans ce secteur
en Italie, c’est très bon signe.
Aujourd’hui on est
un peu saturés
en terme de production, c’est à dire qu’on ne peut pas tellement
produire plus. Donc les marchés qui ont commencé à se développer le
plus rapidement continuent à se développer ce qui fait que la France a
encore de grosses perspectives de développement sur l’horlogerie.
Dans
l’horlogerie, Montblanc ne bénéficie pas du capital historique de la
marque. Quelle est sa stratégie ?
C’est vrai mais cela n’empêche pas
qu’on ait vu récemment apparaître
dans la très haute horlogerie des marques nouvellement créées et qui
n’avaient aucune légitimité historique. Je pense à des marques comme
Richard Mille, François Paul Journe, Roger Dubuis ou Franck Muller qui
vendent des montres à plus de 10 000 ou 20 000 euros. Le marché de
l’horlogerie est tellement dynamique qu’il de l’espace. Là où l’on a
une vraie légitimité c’est dans le travail de précision, le
savoir-faire artisanal et finalement on s’est dit qu’on pouvait
transposer ce que l’on a fait avec le stylo sur l’horlogerie. La
deuxième chose c’est qu’on a la chance d’être intégrés dans le groupe
Richemont qui est aujourd’hui le groupe le plus légitime dans
l’horlogerie en termes de diversité de marques, en terme de créativité
et donc Montblanc étant la deuxième marque du groupe en terme de
chiffre d’affaire, on nous a donné des moyens. Donc nous n’avons pas
d’historique mais nous avons tout de même acheté deux manufactures en
Suisse et donc on sort maintenant nos propres mouvements sur quelques
petites séries. Donc on va combler ce manque historique par une
créativité, une technicité, des investissements qui vont nous mettre au
niveau de marques qui sont plus légitimes historiquement puisque cela
fait 10 ans qu’on existe sur ce secteur, et nous pouvons nous appuyer
sur nos 360 boutiques ainsi que sur un réseau de revendeurs de qualité
pour la commercialisation. Donc on a tout pour réussir dans
l’horlogerie.
Pour revenir à la stratégie globale, on s’est définit
4 piliers dont on ne sort pas : les instruments d’écriture, la
maroquinerie petite et grande, l’horlogerie, la joaillerie.
Pouvez-vous
nous parler de l’Institut Minerva de recherche en haute horlogerie ?
Le groupe Richemont cherche toujours à investir dans la production
horlogère, à avoir une stratégie en amont par rapport à l’horlogerie et
cette manufacture, Minerva, s’est trouvée en vente. Dans cette
manufacture, il y avait un département qui avait la capacité de faire
de la haute horlogerie, entièrement à la main, à l’ancienne, avec pour
vocation de faire des produits très rares avec une finition
exceptionnelle. Le groupe a racheté cette manufacture et cet atelier
très pointu en termes d’horlogerie et son développement a été donné à
Montblanc. La stratégie est claire : ça nous permet de brûler des
étapes en termes de légitimité et là on retombe dans la légitimité
historique car si Minerva devient Montblanc, Minerva étant plus que
centenaire dans les montres, on reboucle la boucle par rapport à ce que
l’on a dit précédemment.
Quelle est la
complémentarité avec l’usine de le Locle ?
Le Locle a pour vocation de fabriquer le gros de la gamme horlogerie et
on a investit dans 10 000 m2 supplémentaires de centre de production et
le lien qu’il y aura entre les 2 manufactures sera que ce qui est le
plus pointu sera fabriqué chez Minerva qui aura un rôle de conseil pour
la production de volume de Le Locle qui a une production de près de 100
000 montres par an, l’objectif étant d’atteindre 150 000 montres par
an. Minerva représente quelques centaines de montres par an.
Quel
est l’ordre de prix des montres Montblanc ?
La
gamme est assez large. Les modèles phares par exemple la TimeWalker
coûtent aux alentours de 3 000 €. On a des produits moins chers mais le
cœur de gamme se concentre entre 1 500 et 4 000 € avec la volonté de le
rehausser. Notre premier mouvement manufacture qui va équiper la montre
chronographe Star Rieussec se situera aux alentours de 7 000 € en acier
et à 22 000 € en série limitée en or et platine.
Comment
le public a-t-il accueilli le nouveau mouvement créé par Montblanc ?
Très
bon accueil, étonnant, même les clubs de collectionneurs en France ont
demandé à venir faire des présentations. C’était une excellente idée
d’utiliser pour la première fois le nom de Rieussec, horloger de Louis
XVIII, passionné de courses de chevaux qui a développé le système du
chronographe pour comparer le temps des courses de chevaux. La mesure
du temps était faite par des disques marqués par un trait d’encre.
L’histoire est d’autant plus belle que cela fait le lien entre notre
métier dans l’écriture et dans la mesure du temps. Donc le concept est
fort.
Quelles
sont vos 3 montres favorites, toutes marques confondues ?
La Montblanc Villeret Chrono mono poussoir en platine.
Le datographe en or rose de chez A. Lange & Söhne que je pense
la plus belle montre actuelle.
La Malte tonneau tourbillon de chez Vacheron Constentin en or blanc.
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Comment
se transmet le savoir chez Montblanc ?
On
baigne dans l’univers du stylo chez Montblanc. C’est étonnant mais il y
a des stylos qui ne sont plus commercialisés aujourd’hui et dont on
nous parle tous les jours : on a des demandes sur des séries limitées
très courtes et totalement épuisées. On est dans un univers des stylos
où il y a toujours un choc entre le passé et ce qui se développe ;
c’est tellement riche. Il est d’ailleurs surprenant qu’il n’y ait pas
plus de livres sur Montblanc. Il y a des formations qui sont faites
quand vous entrez chez Montblanc. Mais il y a eu tellement de séries
spéciales, limitées … donc le savoir se transmet un peu comme ça en
découvrant, en discutant avec des vendeurs de nos boutiques par
exemple. Et ce qui fait la culture ce n’est pas tant la technique que
la diversité des produits d’écriture et des collections qu’il y a eu.
Avec le stylo on est dans un domaine technique mais surtout dans un
univers où l’esthétique est fondamentale. Il n’y a pas une école
Montblanc ; c’est une formation très empirique mais chaque jour on
apprend un peu plus sur la marque. Nos équipes sont en place depuis un
certain temps et ont une bonne connaissance de la marque. |
Est-il
est possible d’avoir un stylo sur mesure chez Montblanc ?
On travaille sur des projets de stylos très spécifiques et des séries
très limitées ainsi que du sur mesure.
En
2007 il y a eu les séries limitées Prince Rainier et Marlène Dietrich
qui ont très bien marché. Quelles sont les stars de l’année 2008 ?
En
2008 on a une série Mécènes des Arts qui est le François 1er, un très
beau stylo avec plusieurs développements. La version la moins limitée
(4810) est une version avec le corps du stylo en œil de tigre et des
décorations assez Renaissance avec notamment des fleurs de lys. Il y a
une version à 888 exemplaires avec le corps du stylo tout en nacre
blanche et des attributs en or blanc.
Ensuite on va avoir l’Etoile
de Montblanc, un stylo qui est un peu l’équivalent du Dietrich mais
avec deux versions : une non limitée et une édition limitée à 3 pièces.
C’est une nouvelle forme assez sophistiquée, un peu art déco. Elle
s’appelle « Etoile de Montblanc », on retrouve un peu le même système
que sur le StarWalker, c’est à dire un dôme transparent ou flotte une
étoile en diamant à la place du l’étoile blanche. C’est un stylo plutôt
féminin, en plume et en bille. Il est noir, la forme est très élégante,
très sophistiquée. Il sortira au mois d’octobre et a pour vocation
d’être une nouvelle ligne qui vient s’ajouter aux 3 lignes principales
: Meisterstück, Bohème et StarWalker.
Il y a élégamment une série
Ecrivains chaque année. Cette année c’est l’écrivain Britannique George
Bernard Shaw. C’est un stylo en argent et malachite. Il va exister en
plume et en bille en série limitée.
On a aussi une évolution de la
gamme Bohème, le Bohème Pirouette des produits très féminins des
matières un peu différentes et assez tendances.
D’autres
versions du 149 sont-elles prévues, acier, carbone, titane, autres
matériaux, couleurs ?
Oui
il y a des évolutions prévues sur ce modèle mais je ne peux pas encore
vous les dévoiler. Certaines devraient être disponibles dès cette
année. Il y a plein de déclinaisons. Ce stylo est tellement fort qu’il
peut se décliner sans fin.
Le
139 pourrait-il être réédité ?
Ce modèle très épuré est un stylo très recherché d’occasion.
Ses
attributs ont été plus où moins repris sur l’Hemingway. Il est aussi
assez proche du Solti même si l’agrafe du Solti est différente, en
forme de touches de piano.
Pour le moment on est plutôt dans la
création pure que dans la réédition. Mais cela fait partie de la
richesse de la marque, on a une gamme telle que cela permet des
réinterprétations. Quoique le vintage est à la mode alors pourquoi pas.
Mais la voie aujourd’hui est plus à la création pure.
Ce stylo est exceptionnel et il a dû inspirer des séries limitées. Mais
en réédition série non limitée ce n’est pas prévu.
Où sont prises les
décisions sur les modèles ?
Au
siège, en Allemagne mais on peut suggérer des stylos. La France est à
l’origine d’un stylo spécial Airbus qui est une évolution du StarWalker
qui existe en 2 versions : l’une en bleu en série limitée mais en
tirage assez important qui coûte aux alentours de 600 euros et l’autre
en version or blanc et diamant qui est un stylo de collection aux
alentours de 15 000 euros.
Prévoyez-vous de
sortir de nouvelles encres ?
Il
y a toujours des évolutions sur les encres. On sort des séries limitées
par exemple de l’encre parfumée pour la Saint Valentin. Nos encres sont
très abouties mais on peut toujours sortir des encres originales. Une
nouvelle encre est prévue pour Noël.
Comptez-vous
réduire la distribution traditionnelle au profit des corners ?
Pour
la France comme notre gamme est très large, on a besoin de plus de
place pour l’exposer. Tous les points de vente n’ont pas la capacité
d’exposer l’ensemble de la gamme. On doit choisir les lieux de vente
les plus stratégiques, les plus qualitatifs. La marque monte en gamme
et donc la distribution doit aussi s’améliorer en qualité.
Donc on
va avoir plusieurs niveaux de points de ventes. Nos boutiques très
sophistiquées qui exposent l’ensemble de la gamme. Les revendeurs en
favorisant plus ceux chez qui on peut développer la profondeur de gamme
et une belle image avec un corner ou un Shop-In-Shop. Etant donné
l’image de la marque et son poids par rapport à la concurrence, on
demande plus d’espace. Mais cela passera par un vrai développement. Il
est vrai que certains points de ventes ont une image du passé qui ne
correspond plus à la montée en qualité de la gamme.
Est-il
possible
de changer l’étoile blanche du capuchon qui est en résine même sur
certaines séries limitées pour un capuchon avec une étoile en nacre ?
Non
ce n’est pas faisable. Certains produits ont une étoile en nacre elle
n’est pas standard donc ce n’est pas transposable sur d’autres modèles.
Par exemple sur le Garbo l’étoile est en nacre et elle n’a pas la même
dimension que celle d’un Meisterstück ou d’un Bohème.
Cela
dit il est de moins en moins vrai que les étoiles sont en résine car
sur les séries limitées elles sont en nacre voire en diamant, ce qui
était le cas des produits du centenaire par exemple.
Comment
Montblanc peut-il assurer la bonne qualité du produit final ?
La
marque a la chance d’avoir une longue expérience sur les problèmes de
SAV. De cette expérience, on tire des solutions très instructives et
très opérationnelles donc aujourd’hui lorsque vous êtes dans des
marques leader vous avez une qualité optimisée. Le SAV n’est jamais une
activité rentable, l’essentiel est d’avoir une qualité sortie de notre
centre de production irréprochable.
A quand la création d’un club officiel de
collectionneurs ?
Bonne
question. Il y a eu des tentatives dans le passé mais se posait
toujours la question de la rivalité entre clubs de collectionneurs en
général et collectionneurs de la marque Montblanc uniquement. Donc on
réfléchit à la possibilité d’animer un club ou plutôt d’aider des
passionnés et on est prêt à soutenir des initiatives même si elles ne
sont pas exclusivement Montblanc. Bien entendu on préfèrerait un club
exclusivement Montblanc.
Ce n’est pas évident de le faire nous même.
Il y a suffisamment de moyens maintenant grâce à internet. Il y a
certains clubs ou des tentatives mais très proches des revendeurs donc
de nos clients. On ne peut pas être juge et arbitre. Ce qui
m’intéresserait c’est un vrai club qui n’aurait pas de vocation
commerciale même si après les membres s’échangent ou se vendent des
stylos.
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Quels sont vos 3
stylos favoris toutes marques confondues ?
Le Montblanc série limitée Hemingway plume.
Le Montblanc A380 en caoutchouc pour sa modernité.
Un Montegrappa Vatican plume.
J’aime
les stylos pour leur esthétisme mais aussi pour leur équilibre. Pour
mon goût personnel, un stylo doit rester confortable pour écrire, mais
s’il s’agit d’un stylo de collection.
Quel
est votre dernier souvenir d’écriture le plus agréable ?
Récemment
lorsque j’étais en vacances aux Baléares assis à une terrasse face à la
mer. Je prenais des notes à la plume sur un carnet Montblanc sur ce que
je devais faire à la rentrée d’un point de vue professionnel et
personnel. Je trouve que c’est un luxe de prendre le temps d’écrire.
J’ai toujours eu un vrai plaisir à écrire, et j’ai toujours adoré les
stylos. Le premier beau stylo que j’ai acheté, c’était vers 19-20 ans,
un plume Meisterstück et j’ai la même passion pour les stylos et pour
les montres. L’avantage du stylo c’est que vous pouvez en changer dans
la journée. J’ai toujours 3 ou 4 stylos et je peux changer de stylo
entre deux réunions, alors que la montre vous la portez pour la
journée. |
Un grand merci aux internautes de Zoss,Pentrace et FPN pour leurs idées.
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